ma vie à cause des autres

À l’heure où j’écris cet article, je ne sais plus quoi faire

À l’heure où j’écris cet article, je ne sais tout simplement plus quoi faire dans cette société.

Je suis épuisé par les démarches auprès d’organismes qui sont pourtant censés aider les citoyens lorsqu’ils rencontrent des difficultés ou souhaitent changer de vie. On pourrait penser qu’une personne qui ne supporte plus son environnement professionnel, notamment à cause de certaines conditions de travail, pourrait trouver quelque part une écoute, un accompagnement et une porte de sortie.

Dans mon expérience, je me retrouve au contraire face à des organismes qui se renvoient la responsabilité et à des procédures administratives qui donnent parfois l’impression que l’être humain disparaît derrière son dossier. Et pendant ce temps, ma vie, elle, n’est pas un dossier. Derrière les formulaires, les décisions et les réponses administratives, il y a une personne qui essaie simplement de savoir comment continuer son existence.

Aujourd’hui, je suis en arrêt de travail. Mais je n’ai aucune motivation à prolonger indéfiniment des arrêts simplement pour repousser le problème de quelques semaines ou de quelques mois. Je ne veux plus retourner dans cette structure destinée aux personnes handicapées et présentée comme un environnement « protégé ». Dans les conditions que j’y ai vécues, je n’arrive plus à considérer le retour comme une véritable solution.

Alors je me retrouve dans une situation étrange : je ne travaille plus, je ne construis plus réellement de projet professionnel et je ne sais plus vers qui me tourner pour trouver une issue. Je ne dis pas cela avec fierté. Je ne veux pas passer ma vie à ne rien faire. Mais lorsque les tentatives, les démarches et les demandes d’aide conduisent encore et encore à des impasses, la motivation finit elle aussi par s’épuiser.

Quand ceux qui doivent aider ne trouvent plus de solution

C’est probablement l’une des choses les plus difficiles à accepter.

Notre société possède de nombreux organismes, dispositifs et structures dont la mission est précisément d’accompagner les personnes qui rencontrent des difficultés. Pourtant, lorsqu’une situation ne rentre pas parfaitement dans les cases prévues, on peut avoir l’impression de tourner en rond.

On frappe à une porte. On nous indique une autre porte. Derrière celle-ci, on nous explique que ce n’est pas le bon interlocuteur et qu’il faut retourner vers le précédent. Et l’individu reste exactement au même endroit. À force, le petit travailleur peut finir par avoir l’impression d’être un pantin administratif, déplacé d’un service à l’autre sans avoir réellement de pouvoir sur la direction que prend sa propre existence.

Je ne demande pourtant pas que quelqu’un construise ma vie à ma place.

Je voudrais simplement pouvoir trouver un accompagnement capable de répondre à une question qui, en apparence, paraît très simple : Que peut faire une personne lorsqu’elle ne peut ou ne veut plus rester dans son environnement professionnel actuel et qu’elle souhaite essayer de construire autre chose ? Cette question devrait pouvoir recevoir une réponse.

Et demain ?

C’est là que ma situation actuelle devient inquiétante.

Si je ne retourne pas dans cette structure, si les arrêts de travail ne peuvent évidemment pas constituer une solution permanente et si aucun organisme ne parvient à m’aider à construire une alternative, que va-t-il se passer ? Je n’en sais rien.

Et c’est précisément cette absence de réponse qui me fait peur.

Aujourd’hui, lorsque je regarde mon avenir, je vois même apparaître une possibilité que je n’aurais jamais imaginé devoir envisager : celle de finir un jour dans une situation de grande précarité, voire de me retrouver à la rue.

Je ne prétends pas que cet avenir est écrit. J’espère au contraire qu’il ne se réalisera jamais.

Mais je trouve profondément anormal qu’une personne puisse en arriver à craindre cela simplement parce qu’elle cherche à quitter une situation professionnelle qu’elle ne supporte plus et qu’elle ne trouve pas, autour d’elle, l’accompagnement nécessaire pour construire une autre voie.

Voilà pourquoi j’ai choisi ce titre : Ma vie à cause des autres. Parce que nous aimons croire que chacun est entièrement maître de son destin. La réalité est plus compliquée.

Nos propres décisions comptent, évidemment. Mais les décisions des employeurs, des administrations, des organismes d’accompagnement et de toutes les personnes qui possèdent, à un moment donné, le pouvoir d’ouvrir ou de fermer une porte comptent également.

Et lorsqu’un nombre suffisant de portes se ferment, une question finit inévitablement par apparaître :

jusqu’où sommes-nous réellement responsables de la vie que nous avons pu construire, lorsque les autres ont eu autant de pouvoir sur les chemins que nous avions le droit d’emprunter ?

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