
Par Marc Shneider Fondateur et rédacteur d’Observateur de la Vie et la Science, magazine indépendant
Article publié le 01/04/2026
Aujourd’hui, je me suis retrouvé dans une situation qui m’a mis profondément mal à l’aise. Sans prévenir, une formation sur l’hygiène et la santé a été organisée dans la structure (entreprise) où je me trouve. Sur le principe, cela peut paraître utile. Mais dans la réalité, la manière dont cela a été fait a créé un vrai décalage. Le contenu proposé était très basique : lavage du linge, hygiène des mains, gestes du quotidien…
Des choses que, personnellement, je connais déjà depuis longtemps. Je les ai apprises à l’école, dans ma famille, et je les applique au quotidien. Ce n’est donc pas le fait d’apprendre qui m’a dérangé, mais’est la manière. Je me suis senti, pendant un moment, comme si on me parlait à un niveau qui ne correspondait pas au mien.
Comme si mon expérience, mes connaissances, mon autonomie n’étaient pas prises en compte. Le format utilisé, très simplifié, presque enfantin, a renforcé ce sentiment. Et surtout, le fait de ne pas avoir été informé à l’avance a accentué le malaise. On ne m’a pas laissé le choix, ni même le temps de me préparer mentalement. C’est arrivé comme une surprise… une mauvaise surprise.
Ce genre de situation pose une vraie question : À quel moment l’aide devient-elle maladroite ? À quel moment l’intention de bien faire se transforme-t-elle en quelque chose de dévalorisant ?
Car oui, l’intention derrière ce type de formation est probablement positive. Sensibiliser, rappeler des bases, accompagner. Mais encore faut-il adapter le contenu aux personnes en face. Tout le monde n’a pas le même niveau. Tout le monde n’a pas les mêmes besoins. Et surtout, tout le monde mérite d’être considéré avec respect. Proposer une formation, c’est bien. Mais prévenir à l’avance, adapter les contenus, et reconnaître les acquis des personnes, c’est essentiel. Sinon, on risque de créer l’effet inverse de celui recherché : non pas aider… mais mettre mal à l’aise.
Cette expérience m’a fait réfléchir.
Pas seulement sur cette journée, mais sur la manière dont certaines structures fonctionnent, parfois sans se rendre compte de l’impact réel sur les personnes. Il y à des décisions en entreprise qui interrogent vraiment . Pas parce qu’elles sont obligatoire, mais parce qu’elles semblent déconnecté, voir infantilisent.
On pourrais croire à un excès de zèle… ou simplement à un management qui confond encadrer et contrôlé . Dans tout les cas, çà en dit plus sur le système que sur les personnes à qui on impose ces règles.
Quand l’accompagnement oublie l’individualité
Ce qui me semble particulièrement préoccupant dans ce genre de situation, c’est cette tendance à considérer un groupe de personnes comme un ensemble uniforme, sans toujours prendre le temps de reconnaître les différences individuelles.
Pourtant, chaque personne possède son propre parcours, son éducation, ses connaissances, ses expériences et son degré d’autonomie. Ce qui constitue une découverte pour quelqu’un peut être une évidence pour une autre personne. Et ce qui peut représenter un accompagnement nécessaire pour certains peut être vécu comme une répétition inutile, voire dévalorisante, par d’autres.
Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause l’utilité des formations sur l’hygiène et la santé. Ces sujets concernent tout le monde, quel que soit son âge, son expérience ou sa situation professionnelle.
Mais il existe une différence fondamentale entre transmettre des connaissances et supposer que les personnes présentes ne possèdent pas déjà ces connaissances. Cette distinction peut sembler anodine. Pourtant, elle change profondément la manière dont une formation est reçue.
Le respect ne se limite pas aux bonnes intentions
On entend souvent que certaines initiatives sont organisées « pour le bien des personnes ». Mais une bonne intention suffit-elle à garantir une bonne démarche ? À mon sens, non. Une décision peut partir d’une intention positive tout en produisant un effet négatif lorsqu’elle manque de préparation, de dialogue ou d’adaptation.
Le respect ne consiste pas uniquement à vouloir aider. Il consiste aussi à écouter, à expliquer, à reconnaître les compétences existantes et à accepter que les besoins ne soient pas identiques pour tout le monde.
Lorsqu’une formation est annoncée au dernier moment, sans véritable présentation de ses objectifs, elle peut être perçue comme une obligation imposée plutôt que comme une occasion d’apprendre. Et lorsque son contenu paraît excessivement simplifié, certaines personnes peuvent avoir le sentiment qu’on ne leur reconnaît pas leur maturité. Ce ressenti mérite au moins d’être entendu, même si ce n’était pas l’intention des organisateurs.
Entre encadrement et infantilisation : une frontière parfois fragile
Dans une organisation professionnelle, il est normal qu’il existe des règles, des procédures et des actions de sensibilisation. Mais encadrer ne devrait jamais signifier réduire une personne à ses supposées difficultés. Il est possible d’accompagner sans infantiliser, d’expliquer sans rabaisser et de proposer une formation sans donner l’impression que les connaissances acquises au fil des années ne comptent plus, et de savoir qui séléctionner les personnes qui en ont le plus besoins !
Tout dépend de la manière de présenter les choses. Une approche plus respectueuse pourrait commencer par une question simple : « Que connaissez-vous déjà de ce sujet, et qu’aimeriez-vous éventuellement approfondir ? »
Cette question change beaucoup de choses. Elle reconnaît que la personne possède déjà un savoir. Elle ouvre un dialogue. Elle permet d’adapter le contenu au lieu de partir d’une supposition générale. Car l’autonomie ne se développe pas uniquement en apprenant de nouvelles compétences. Elle se renforce aussi lorsque les compétences déjà acquises sont reconnues.
Le problème du décalage entre les décisions et la réalité du terrain
Une autre interrogation me vient à l’esprit : les personnes qui organisent ce type d’intervention prennent-elles toujours suffisamment en compte la réalité quotidienne de celles auxquelles elles s’adressent ?
Sur le papier, une formation peut paraître pertinente. Dans un planning, elle peut être présentée comme une action de prévention, de sensibilisation ou d’accompagnement. Mais entre ce qui est prévu administrativement et ce qui est réellement vécu par les participants, il peut exister un décalage important.
C’est précisément ce décalage qui mérite d’être questionné. Une organisation ne devrait pas seulement évaluer la bonne réalisation d’une activité. Elle devrait également s’intéresser à la façon dont celle-ci a été comprise, accueillie et ressentie.
Autrement dit, avoir organisé une formation ne signifie pas automatiquement avoir répondu aux besoins des personnes concernées.
Reconnaître les acquis, c’est aussi reconnaître la personne
Nous passons une grande partie de notre vie à apprendre. À l’école, dans notre famille, au travail, à travers nos expériences personnelles et les responsabilités que nous assumons chaque jour. Toutes ces connaissances participent à construire notre autonomie. Lorsqu’elles semblent ignorées, le malaise peut dépasser largement le simple contenu d’une formation.
On peut alors avoir l’impression de devoir continuellement démontrer ce que l’on sait déjà faire. Comme si les années d’apprentissage, d’expérience et d’efforts ne suffisaient jamais à être pleinement reconnues. C’est une sensation particulièrement frustrante. Et elle soulève une question plus large : comment encourager l’autonomie si l’on ne commence pas par reconnaître celle qui existe déjà ?
Une réflexion qui dépasse cette seule expérience
Je ne prétends pas que cette situation résume à elle seule le fonctionnement de toute une structure, ni que toutes les formations de ce type sont inutiles. Je raconte simplement une expérience personnelle et le malaise qu’elle a provoqué.
Mais cette anecdote révèle, à mes yeux, un enjeu plus général : la nécessité de placer l’individu au centre des décisions qui le concernent. Informer à l’avance, expliquer les objectifs, prendre en considération les acquis et adapter le niveau des interventions ne devrait pas être considéré comme un luxe.
Ce sont des éléments essentiels d’une relation professionnelle respectueuse. Il ne s’agit pas de refuser l’accompagnement. Il s’agit de rappeler que l’accompagnement doit évoluer avec la personne, et non maintenir celle-ci dans une image figée de ses capacités.
Et finalement, c’est peut-être là que se trouve toute la différence entre une organisation qui applique simplement des procédures et une organisation qui cherche réellement à comprendre les personnes. Aider quelqu’un, ce n’est pas seulement lui apprendre ce qu’il ne sait pas. C’est aussi reconnaître ce qu’il sait déjà, respecter son expérience et lui permettre d’avancer sans lui retirer sa dignité.
Sur cette image ci-dessous représente la folie collective, la lumière représente la conscience, et le brouillard la folie venant des autres l’inconscience brute . “Avancer malgré le brouillard, c’est déjà ne pas en faire partie.”

Ce que l’on ne voit pas, mais que l’on ressent
Au-delà des faits concrets, il y a aussi quelque chose de plus difficile à expliquer. Une sorte d’ambiance, un climat invisible. Comme une énergie collective qui s’installe dans certains lieux, certaines structures, et qui influence les comportements sans qu’on s’en rende compte. Certains parleraient d’habitudes, de fonctionnement.
D’autres iraient plus loin et parleraient d’“égrégore” : une forme d’énergie collective créée par les pensées, les attitudes et les répétitions d’un groupe. Peu importe le mot utilisé. Ce qui compte, c’est le ressenti. Quand cette dynamique devient négative ou stagnante, elle peut peser sur les individus : elle enlève de la motivation, elle freine les initiatives, elle donne l’impression que rien ne change. Et à force, on finit par s’y adapter. Par baisser le rythme. Par perdre une partie de son élan. Ce n’est pas quelque chose de visible, mais c’est quelque chose qui se vit. Et peut-être que pour avancer, il ne suffit pas seulement de changer soi-même, mais aussi de prendre conscience de l’environnement dans lequel on évolue. Parce que parfois, ce qui nous freine n’est pas seulement en nous. C’est aussi autour de nous.